A propos du Chant Français

Renée Doria - février 2021

Hommage et souvenirs...

affiche renee doria

Renée Doria a 100 ans aujourd’hui !

 

guillemet

Renée Doria… Ce nom seul résonne déjà comme une légende dans le paysage de l’art lyrique français !

 

Rien ne semblait prédisposer au départ, ce «petit bout de bonne femme», née à Perpignan le 13 Février 1921, à une telle gloire ni à une telle longévité… C’est que sa carrière de cantatrice est un modèle d’intelligence, de technique et de sagesse. Pas de communication tapageuse, pas de scandale amoureux, pas de voyages excessifs, tout au long de ses 40 ans de carrière et de ses 76 premiers rôles tenus en scène. On ne peut résumer la vie artistique de Renée Doria, si pleine et si riche, d’autres s’en chargeront bien mieux. Pourtant qu’il me soit permis, au moment où notre association aborde la dernière ligne droite de la préparation du Concours International de Chant - qui devrait avoir lieu du 5 au 10 Juillet prochain en Anjou- d’évoquer un souvenir très personnel de Renée Doria.

 

L’Association des Amis de l’Art Lyrique de Saint-Servan /Saint-Malo, sous l’impulsion de mon père, le ténor René Ruellan et son ami la basse Louis Rettel, avait pris l’habitude dès la fin de la guerre, de présenter au public de la Côte d’Émeraude un ouvrage lyrique (opéra ou opérette) intégral, avec chœurs et orchestre, décors, costumes et tous les ingrédients propres à une œuvre lyrique. Cette initiative bénéficiait d’un soutien populaire renouvelé chaque année avec ferveur, par toute une équipe de passionnés et un public avide de renouer avec les spectacles, après les privations et les souffrances de la guerre. Le principe en était simple : autour de mon père premier ténor, qui avait débuté une carrière professionnelle à Paris et Bordeaux, dans les années 30, on invitait une «prima donna» connue et parfois un premier baryton. Le reste de la distribution était constitué des bons chanteurs amateurs de la région, parfois déjà diplômés des Conservatoires. C’est ainsi qu’avaient été présentés dans plusieurs théâtres ou casinos de la Côte (Saint-Malo, Dinard, Dinan, Saint-Brieuc…), dès 1945, des œuvres comme «Cavalleria», «La Tosca», «Mam’zelle Nitouche», «Les Saltimbanques», «La Mascotte» et même non sans audace et inconscience, le «Faust» de Gounod…

 

En cette année 1952, le Collège de Saint-Malo (établissement scolaire prestigieux, connue dans toute la Bretagne, couvrant l’ensemble du cursus d’enseignement de la maternelle à l’Université), s’apprête à fêter le 150 ème anniversaire de sa re-fondation (après la Révolution, car l’établissement existe en fait depuis le XIème siècle). Des cérémonies grandioses sont prévues, à caractère religieux bien entendu, mais aussi artistiques présidées par le Cardinal-Archevêque de Rennes, Primat de Bretagne, Mgr. Roques, ainsi que toutes les autorités civiles, religieuses et militaires. Il est prévu de monter un grand opéra, sur la proposition de l’Association locale précitée.

 

Le choix se porte rapidement sur la «Mireille» de Charles Gounod, opéra populaire et français, inspiré du Miracle des Saintes-Marie de la Mer imaginé par Frédéric Mistral ; l’œuvre apparaît d’autre part, d’une difficulté musicale relativement accessible (notamment pour les chœurs amateurs), à l’exception du rôle-titre très difficile  vocalement. Il faut donc rechercher une «diva», déjà glorieuse mais dont le cachet ne soit pas non plus exorbitant ! C’est ainsi que fut choisie Renée Doria, bien connue après ses 10 premières années de carrière, mais pas encore la «star» internationale qu’elle deviendra par la suite (elle avait alors 31 ans) Mon père, naturellement jouait le rôle de Vincent et se trouvait ravi d’avoir une telle vedette comme partenaire. Renée Doria accepta avec beaucoup de simplicité et de compréhension un cachet très raisonnable et fut naturellement chaleureusement accueillie et dorlotée par toute la troupe locale (qui répétait déjà depuis plusieurs mois), lorsqu’elle se présenta quelques jours avant la première, pour chanter ce rôle qu’elle connaissait, bien entendu. 

 

La «première» eut lieu le 17 Mai 1952, au Cinéma «Le Paris» (vaste salle de 800 places, comme on faisait à l’époque),    à Saint-Malo devant une salle comble et comblée ! J’avais tout juste 4 ans à ce moment et devins vite le «chouchou» de Madame Renée Doria (j’étais très doué pour cela!), la retrouvant bien souvent entre les répétitions ou ses sorties de scène ! Elle me faisait sauter sur ses genoux, pendant que je tentais d’attraper son beau collier ou sa grande Croix de «Mireille»….

 

Je peux bien dire que c’est mon premier grand souvenir de théâtre, que je partagerais jalousement avec mon père, comme un secret précieux… Lorsque j’ai revu Renée, en avril 2015, chez ses bons amis Floriane et Carlo Ciabrini, avec lesquels elle réside depuis le décès de son mari et, qui lui ont aménagé une retraite douce et paisible, quelle ne fût pas ma surprise de l’entendre évoquer ce même souvenir, avec la même affiche qu’elle avait conservée, avec sa mémoire infaillible… Il est vrai qu’elle n’avait que 95 ans à l’époque !…

Merci Madame et Bon anniversaire, Madame Renée Doria !

 

Loig RUELLAN
Inspecteur honoraire de la Musique au Ministère de la Culture
Directeur du Concours International de Chant Georges Liccioni