A propos du Chant Français

Benjamin Bernheim - mars 2020

Interprête

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guillemetPar Marion Mirande pendant les répétitions de Manon à l’Opéra Bastille, en mars 2020. Transcription Christophe Fel.

On reproche parfois au français d’être fade et sans relief. À écouter Benjamin Bernheim, nous ne pouvons qu’être convaincus du contraire. Interprète du Chevalier des Grieux dans Manon de Jules Massenet, il évoque la richesse musicale de ce rôle et de la langue qui le sert.

_ « J’ai le sentiment que Massenet ne s’est pas mis de limite aux capacités vocales du Chevalier Des Grieux, il a vraiment donné à ce rôle des possibilités assez infinies, que ce soit au tableau de Saint Sulpice (Acte 3) ou celui de l’Hôtel de Transylvanie (Acte 4), en opposition aux deux premiers actes qui sont assez intimes, lors notamment de la découverte et de la rencontre avec Manon. C’est extraordinaire ! »

 

« Je trouve absolument génial de chanter ce rôle, en termes d’accompagnement d’orchestre : au deuxième acte, pendant l’Air du Rêve de Des Grieux, par exemple, c’est un tapis de musique, on a l’impression de marcher sur un nuage, c’est un rêve, on vend du rêve, Des Grieux se vend du rêve à lui-même, il en parle avec des images absolument somptueuses ; puis l’on passe à Saint-Sulpice, avec un sens très dramatique de la musique et de l’orchestre qui devient alors très, très large, mais je pense malgré tout que c’est toujours la même voix. Et c’est cela que j’aime beaucoup dans ce rôle, c’est que j’ai vraiment l’impression que Massenet ne s’est pas mis de limite aux capacités vocale -non pas de l’interprète ! - mais de son personnage, en composant ce rôle, ce beau personnage, ce bon personnage, à cette belle personne qui n’est pas seulement un rêveur, mais quelqu’un qui se bat, qui veut croire que Manon peut changer, et que même si elle ne change pas, lui veut aimer la Manon qu’il aime dans sa tête, c’est un grand rêveur ! Et c’est pour cela qu’il y a une dimension de l’imaginaire dans ce personnage qui est fantastique ! »

« Si ce répertoire français est souvent -peut-être- mal défendu, c’est parce que les interprètes ne prennent pas vraiment le temps de le travailler ; parce que c’est une langue difficile à parler. Pour moi c’est une langue facile à chanter, parce que c’est la mienne, mais je crois que cela vaut vraiment la peine de travailler fort et même moi, en tant que francophone, sur la prononciation. Par exemple, j’ai toujours dit que les « R » roulés donnaient quelque chose d’artificiel à ma voix, un accent bizarre que je n’aimais pas, mais ici à l’Opéra de Paris, j’ai mis de l’eau dans mon vin, en trouvant
un équilibre et, tout en restant intelligible, cherché à m’inscrire davantage dans la grande « tradition opératique ». Cela m’a demandé beaucoup de flexibilité mentale pour retravailler ainsi mes rôles français. »

« Je pense que la langue française offre plus de possibilité de colorations des voyelles, en particuliers avec l’existence de « nasales », que l’italien par exemple. Peut-être est-ce plus facile de chanter en italien, plus évident… Je ne veux pas dire par là que l’italien est monochrome, ce serait insulter les italiens et cette langue magnifique que j’aime chanter, mais pour moi la richesse de la langue française ou de la langue russe, ce sont justement toutes ces possibilités qui existent, cette flexibilité de travailler sur un texte, susurré en voix mixte ou chanté en voix pleine ; il y a plein de possibilités qui s’offrent à nous en tant qu’artiste de découvrir toujours des choses… et même moi, qui suis francophone, et qui ai travaillé le rôle de Des Grieux depuis des années, en le répétant encore, en le chantant ici, je découvre toujours des inflexions et des couleurs nouvelles. Ce n’est pas, parce que c’est ma langue, que je sais tout ; mais parce je parle français, je dois le chanter et le défendre de la même manière, avec la même précision qu’on le parle. Et c’est très important pour moi d’emmener cela sur scène, et de montrer ainsi que ce n’est pas seulement un exercice vocal, mais que c’est aussi un exercice de style ; et de me faire comprendre en racontant mon histoire, avec toutes les couleurs qui sont les miennes. C’est pour moi un point d’honneur ! »

« A mes yeux, Manon est une pièce parfaite, parfaite à défendre en termes de rôle ; du début à la fin j’éprouve un immense plaisir à chanter cette musique. Je prends mon pied ! »

 

 

Benjamin Bernheim

www.operadeparis.fr
www.forumopera.com

 

 

 

 


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